Essais illégaux en plein champ

"Consultation" du public du 14 avril au 5 mai 2006

Cette "consultation publique" et la procédure d'information mises en place par les ministres chargés de l'agriculture, de la recherche et de l'écologie sur les nouveaux programmes de recherche d'OGM pour 2006 sont consultables sur le site :

http://www.ogm.gouv.fr/experimentations/consultation_public/consultation_public.htm

Il s'agit évidemment d'une fumisterie destinée à donner une illusion de démocratie. Dans les faits, avec presque 90% d'avis négatifs de la part des citoyens, les autorisations de mise en culture sont quand même données. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas donner votre avis. Il faut continuer à montrer que les OGM sont indésirables et qu'on en viendra à bout envers et contre tout.

 

Avis public pour une "consultation publique"

(lettre de la consultation 2004 : rien n'a changé depuis !)

 

Monsieur Hervé Gaymard
Ministre de l’Agriculture

Monsieur Serge Lepeltier
Ministre de l’Ecologie

Monsieur le Ministre de l’Agriculture, Monsieur le Ministre de l’Ecologie,

 

1° Remarques sur la consultation publique

Dans les circonstances actuelles, cette consultation apparaît fatalement comme un moyen pour le gouvernement de se donner bonne conscience. En effet, depuis que les OGM ont fait leur apparition en 1997 avec les premières demandes de mise en culture, nous avons pu voir combien les gouvernants se sont dérobés à la volonté citoyenne d’ouvrir un débat transparent et démocratique. Quel que soit le gouvernement en place, les intérêts mercantiles à court terme ainsi que la fascination pour la prouesse technologique semblent l’emporter sur la nécessité urgente d’une réflexion approfondie. Les conséquences économiques, sociales et environnementales de la mise en culture d’OGM par des firmes - dont le projet est de phagocyter l’ensemble du monde agricole - ne paraissent pas inquiéter le moins du monde ceux qui sont censés nous représenter.

Cette mise à l’écart du citoyen, assez systématique, a pu être observée par exemple, lorsque M. Jospin a autorisé, en août 1998, la mise en culture de douze variétés de maïs transgénique, rejetant ainsi les recommandations de la conférence de citoyens qui avait eu lieu un mois auparavant au parlement français. Aujourd’hui la levée du moratoire sur les OGM par la commission européenne - notre politburo européen ! - malgré la très forte opposition des peuples de l’Union est un nouveau pied de nez qui ressemble, à s’y méprendre, à de la provocation.

Grâce au travail sérieux mené, depuis des années, au sein de diverses associations scientifiques ou environnementales, chacun d’entre-nous a aujourd’hui la possibilité de porter un regard critique et averti, au même titre qu’un expert, sur les organismes transgéniques. Nous savons pertinemment que, malgré la nouvelle réglementation européenne sur l’étiquetage, le principe de précaution et la liberté de choix ne sont pas respectés. Les interrogations concernant la contamination des filières conventionnelles et bio restent entières tant d’un point de vue technique que juridique (responsabilité, assurances). L’étiquetage ne porte pas sur la viande, le lait ou les œufs : le consommateur n’a toujours pas la possibilité de choisir en toute conscience son alimentation.

Il est enfin important de faire remarquer que la récente réglementation relative à l’étiquetage et la traçabilité, « favorable » aux consommateurs, a été obtenue au prix d’un rapport de force violent entre la société civile et les gouvernements d’Europe. Une réglementation arrachée au prix de plusieurs mois de prison pour certains… Alors, dans ce contexte, quel est le sens de ce genre de consultation publique ? Une simple formalité ? Quel poids auront ces quelques considérations dans la décision finale qui se mesure en milliards d’euros dans les prévisions de certains grands groupes ?

2° Remarques sur les essais proposés

Contrairement à l’idée pieuse communément véhiculée par les défenseurs des OGM et de la « recherche scientifique », les essais en plein champ ne sont pas destinés à approfondir nos connaissances fondamentales sur les organismes vivants. Ce sont, en majorité, des tests de pré-commercialisation de maïs auto-pesticides et résistants à des herbicides : l’objectif est clairement mercantile.

Il n’est pas utile de rentrer ici dans un débat technique sur les différents essais proposés tant est grand le décalage entre la démarche des firmes concernées, le gouvernement et l’homme de la rue. Les arguments techniques défavorable à la dissémination d’OGM dans la nature sont d’ailleurs largement développés par des associations telles que Greenpeace, Inf’OGM ou le Criigen et des scientifiques tels que Jean-Marie Pelt ou Jean-Pierre Berlan (INRA). Il est donc superflu de les exposer à nouveau pour une consultation minée par un syndrome de surdité chronique.

En revanche, il y a des raisons sans doute plus fondamentales qui provoquent le rejet des manipulations génétiques de la part du public. La principale condamnation vient des profondeurs. Elle est immédiate, péremptoire, sans appel. L’homme qui entretient encore un lien vivant avec la nature se sait touché au cœur de sa substance. Car celle-ci procède de la pierre qui lui confère la structure, de la plante qui croit et se multiplie, de l’animal qui se meut et ressent, et de cette intelligence spontanée qui imprègne le moindre phénomène sensible. En manipulant, avec nos connaissances plus que parcellaires, l'organisation génétique des êtres vivants, nous atteignons l’homme immanquablement. Nous le touchons dans sa structure physique intime, dans son sentiment de sécurité le plus primordial. La création de chimères génétiques, puisque c’est ainsi que leur nature nous permet de les nommer, est un viol. Viol de la Terre, notre Mère ; viol de la relation poétique, amoureuse, mystique ou tout au moins secrète que nous entretenons avec elle ; viol, à terme, de l’homme lui-même, car la folie de certains est résolue à lui appliquer la transgenèse pour le profit et « pour voir ce que ça fait ».

La société moderne a engendré une conception entièrement mécanisée de la vie. Ceux qui ont succombé à cette vision réduite et désenchantée sont persuadés que le vivant peut se plier à quelques lois fondamentales du monde inerte. Lorsqu’une plante n’est plus qu’une boite renfermant de l’ADN[1], un objet informatisé, clôturé par une série d’équations au même titre qu’un transistor, alors tout devient possible, tout est permis. La nature toute entière peut subir les assauts funestes d’une science sans conscience.

Les chimères génétiques sont le projet d’une économie décadente qui préfère une terre et des plantes brevetées, saturées d’herbicide Roundup, à l’agriculture biologique, autrement plus respectueuse de l’environnement et de la santé publique. Heureusement, les hommes ne sont pas tous fous pour autant. Ce passage en force de la grande industrie au détriment de la démocratie, du principe de précaution, de la santé, de la survie du bio et des agriculteurs eux-mêmes ne se fera pas sans un retour de manivelle à la hauteur du préjudice. Les multinationales peuvent désormais considérer qu’elles ont perdu leur guerre des OGM en Europe. La société civile est mobilisée. Les arrachages reprendront et le boycott des aliments OGM s’accentuera. C’est aussi inéluctable qu’une loi physique. Les plus hauts idéaux de l’humanité sont en jeu.

Je souhaite, Messieurs les Ministres, que de tels propos puissent vous faire comprendre que la question des OGM ne trouvera pas d'issue avec de simples considérations techniques. D'où le caractère « décalé » de cette consultation.

 

Sébastien Arribas Le 20 mai 2004

[1]Ce type de définition a été utilisé par un scientifique pour parler du maïs lors de la conférence de citoyen en juillet 1998. La réaction du panel de citoyens face à ce réductionnisme absurde a été très vive.